Historique de l’Hôtel Gouthière

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Photographie © Nathalie Hervieux

C’est en 1772 que Gouthière, l’artiste ciseleur inventeur de la dorure au mat, qui tenait alors boutique à l’enseigne de la Boule d’Or, quai Pelletier, paroisse Saint Gervais, et qui commençait à connaitre la célébrité car il était devenu fournisseur de la Cour, conçut le projet d’avoir son hôtel. Dans ce but, il se rendit acquéreur d’un marais dans le faubourg Saint-Martin.

Il se fit construire en 1780 par l’architecte Joseph Metivier un grand immeuble qui bordait la rue du faubourg Saint-Martin et qui a fait place à la mairie du Xe arrondissement. Seul subsiste le pavillon placé à 150 mètres en arrière où l’on accède aujourd’hui par la rue Pierre Bullet.

Le malheureux ciseleur n’habita pas longtemps la maison de ses goûts. Madame du Barry, qui lui était à elle seule redevable de 765.000 livres, suspendit ses somptueuses commandes et les créanciers de Gouthière se disputèrent son bien. Il abandonna sa demeure alors inachevée en 1783.

La maison passa alors à Maître Nicolas Arnoult Jeune, ancien notaire au Parlement de Paris, qui en devint acquéreur. A sa mort en 1821, l’immeuble passa à sa fille, Adélaïde Louise Rose, épouse Petit.

Par la suite l’hôtel devint fabrique de passementerie et des ateliers furent édifiés dans l’arrière cour.

Description

C’est une des plus curieuses « petites maisons » du XVIIIe siècle qui nous soit parvenue. Des sphinx encadrent le portail, sous l’attique orné d’un bas relief à la romaine, l’éventail des refends rayonne autour des gorgones et du buste d’Apollon.

On a cru déceler une influence anglaise dans cet édifice dont le volume fait présager le cubisme architectural du XXe siècle.

Créée en 1780, cette œuvre exprime en effet les tendances d’un milieu très avancé et l’architecte de Gouthière s’était formé dans l’entourage de Ledoux.

Façade principale sur la cour d’honneur

La façade au fond de la cour, comprend un motif central, en saillie sur deux parties latérales, qui se raccordent à deux avant-corps, reliés aux façades en retour. Ce motif central comporte une arcade en plein cintre dans laquelle s’ouvre la porte d’entrée rectangulaire, avec chambranle et corniche supportée par des consoles. Au-dessus, des niches circulaires sont ornées de masques. Les avancées des extrémités comportent un rez-de-chaussée et un premier étage, couronné par une corniche à modillons, qui règne sur toute la façade qui est terminée par un étage d’attique. Dans la partie de cet attique correspondant au motif central, se trouve un bas relief à sujet d’enfants. Dans l’entrée est un perron, encadré de deux sphinx.

Revers de la façade principale

Cette façade s’ordonne en travées de baies rectangulaires sur deux niveaux, les cinq travées centrales sont en légère saillie, les deux travées latérales sont appareillées en refonds.

Le premier niveau présente des fenêtres à arcature en plein cintre sur les cinq travées centrales, dont trois groupées dans une table en retrait.

Sur les travées extérieures, une fenêtre rectangulaire est surmontée d’une plus petite. Le niveau supérieur présente des fenêtres rectangulaires sont les trois travées centrales sont groupées sur un balcon à balustres supporté par des consoles; les deux travées adjacentes sont précédées d’un petit balcon de même style. Une frise à métopes et triglyphes court sur la façade.

Intérieur

L’antichambre du rez-de-chaussée comporte une frise sculptée de griffons et candélabres.

Le grand salon du rez-de-chaussée comporte des portes rectangulaires avec chambranle et corniches à consoles, surmontées de tympans ornés de bas-relief de grands panneaux à arabesques, un entablement à frise ornée et une corniche à modillons.

Le petit salon du premier étage a des panneaux en stuc, avec médaillons à figures. Il comporte, en outre, une frise de masques, au-dessus des portes et une corniche à mutules.

La bibliothèque, qui est bien conservée, a des armoires à deux corps liées à la décoration de la salle. La tablette de cheminée, surmontée d’une glace, est supportée par des consoles à volutes, en marbre, avec appliques de bronze.

Un dessus de porte, au rez-de-chaussée, comporte, dans un tympan demi-circulaire, des figures autour d’un vase.

(source : Monuments historiques 1973)